L’exposition Araki du musée Guimet vient de fermer ses portes, elle a rassemblé plus de 400 photos représentants 50 années d’un travail prolifique et met habilement en abîme l’intime du plus grand des photographes japonais .

Le parcours de l’exposition s’ouvre sur une première partie consacrée aux fleurs, fleurs ouvertes, offertes, en couleurs comme autant d’évidentes métaphores de sexes féminins et qui font écho aux images de femmes ligotées – selon l’art ancestral du Kinbaku – dont le sourire éteint, triste, le regard neutre, nous empli d’une exigente intranquilité: que faut-il voir, le sexe, le regard, le lien?  

Cette série consacrée au Kinbaku , le « démon » d’Araki, est dérangeante, non pas tant pour ce qu’elle donne à voir, que par ce à quoi elle nous impose de réfléchir, ce lien – ici réel est tangible – entre le sexe et la mort. Une image, plus que tout autre, enferme, contient à elle seule l’entièreté du travail d’Araki: « 67 Retour Arrière », sorte de Mona Lisa moderne. Elle exprime cette tristesse infinie de la mélancolie, doublée d’une sorte de bienveillance énigmatique, elle est mélancolie. Le jeu de lumière, le voile colorée de son kimono, les liens très ténus qui la suspendent  en une sorte d’apnée aérienne, ce regard hypnotique et captivant, tous les signes de l’image distillent une très étrange légèreté qui porte l’image aux nues de la modernité.

En amont de ces images qui l’ont rendu célèbre, l’exposition nous donne à voir quelques  clichés consacrés à son épouse Yoko, des images « comme tout le monde »… à cette infime différence que le regard de Yoko qui n’est pas celui de « tout le monde ». Les clichés – une petite vingtaine – s’articulent autour de deux voyages, le voyage de noces en 1971 et l’ultime voyage en 1990. Là encore, comme pour sa mélancolique MonaLisa/kinbaku, la force d’Araki est d’avoir su capter dans la toute première image de Yoko, celle prise dans le train, la tête reposée sur la blancheur immaculée de l’appuie-tête…  la fin tragique est perceptible, la mort est à l’œuvre, à bas-bruit…Tout est donné à voir dès le début…

Plus qu’un artiste visionnaire – comme souvent les artistes – Araki est résolument moderne par la quotidienneté mélancolique de son travail, par son amour du « presque rien »  si cher à Jankélévitch: un chat, seul, la nuit, sur un balcon trop grand pour lui. Ses images érotiques ne sont après tout que le feston dentelé du rebord de sa vie.expoaraki_3 expoaraki_2 expoaraki_1